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Femmes inspirantes

Effet Matilda ou le déni de la réussite des femmes scientifiques. Tout comprendre.

Dernière mise à jour :

Avec toutes les revendications qui s’amplifient concernant les droits des femmes et leur place dans la société, un concept refait surface. L’Effet Matilda.

De quoi s’agit-il ? Qu’est-ce que l’effet Matilda ? Quelles sont ses conséquences, quel est son impact sur la société ? Sur l’égalité entre les femmes et les hommes ?

Pour tout savoir sur l’effet Matilda, lisez ce qui suit !

Elles ont découvert, innové, révolutionné…
Mais leur nom a disparu.

L’effet Matilda est un phénomène encore trop peu connu, qui explique pourquoi de nombreuses femmes scientifiques ont été ignorées, minimisées ou éclipsées au profit d’hommes.

D’où vient ce concept ? Quel est son impact ? Et surtout, comment y mettre fin ?
Voici un guide complet pour comprendre l’effet Matilda — et ne plus le reproduire.

L’effet Matilda, c’est quoi ?

L’effet Matilda désigne le fait de nier ou de minimiser les contributions des femmes dans la science, en attribuant leurs découvertes à des hommes.

Concrètement :

  • une femme réalise une découverte,
  • ses travaux sont publiés,
  • mais la reconnaissance revient à un homme.

Ce phénomène peut prendre plusieurs formes :

  • omission du nom dans une publication,
  • attribution du mérite à un collègue masculin,
  • minimisation de l’apport réel.

Clairement, l’effet Matilda repose sur un biais profondément ancré :
l’idée que les grandes avancées scientifiques seraient avant tout le fait des hommes.

Quel est son impact ?

L’oubli, principale conséquence de l’effet Matilda

Première conséquence : l’effacement pur et simple.

Des chercheuses brillantes disparaissent de l’histoire, leurs travaux étant :

  • attribués à d’autres,
  • ou tout simplement ignorés.

Le résultat est que notre vision de la science devient biaisée, et que les modèles féminins manquent cruellement.

Cause du déséquilibre entre hommes et femmes dans l’attribution des prix Nobel

Le phénomène s’illustre notamment à travers la répartition des prix Nobel. Cette récompense connue dans le monde entier a été créée en 1901. Il faut attendre 1903 pour qu’une femme soit lauréate. En l’occurrence, il s’agit de Marie Curie. Et en réalité, elle partage son prix Nobel de physique avec son époux, Pierre Currie.

En 2026, plus d’un siècle après la naissance des Nobel, on comptabilisait plus de 900 hommes récipiendaires d’une récompense, contre un peu plus de 60 femmes lauréates.

Pourtant les femmes sont loin d’être moins intelligentes, moins analytiques ou moins douées que les hommes. Elles sont d’ailleurs nombreuses à avoir révolutionné la science, la médecine, l’aérospatial… Mais la société montre un certain refus de reconnaître leurs mérites.

Pourquoi « Effet Matilda » ?

Le nom de ce phénomène vient de Matilda Joslyn Gage. Cette Américaine du 19ème siècle était écrivaine, suffragette et féministe. Ses réflexions et son travail concernaient essentiellement les femmes, leurs droits, leur place dans la société…

Matilda Joslyn Gage a été l’une des premières à émettre des revendications sur la place offerte aux femmes dans la science et sur l’invisibilisation de cette catégorie de la population.

L’expression elle-même, « effet Matilda », est officiellement née au début des années 1990. C’est une historienne américaine qui l’invente, Margaret W. Rossiter. L’intellectuelle travaille alors sur les femmes dans la science et le manque de reconnaissance auquel elles sont confrontées.

Qui a été victime de l’effet Matilda ? 5 Exemples de femmes influentes oubliées ou déniées

Trotula de Salerne (XIème siècle)

C’est l’une des premières femmes scientifiques connues à avoir subi l’effet Matilda. Au Moyen-Âge, Trotula de Salerne est médecin, chirurgienne et gynécologue.

Femme de sciences et de lettres, elle est l’autrice de plusieurs ouvrages. Elle travaille notamment sur la gynécologie et sur les soins spécifiques aux femmes.

Dans les années 1980, certains contestent l’existence de Trotula de Salerne, expliquant qu’aucune femme n’écrivait de texte gynécologique à l’époque. Pour ceux-là, les écrits de Salerne sont forcément des travaux d’hommes.

Pourtant, il est avéré que Trotula de Salerne a existé, qu’elle a étudié à l’École de médecine de Salerne, qu’elle était réputée comme une femme très savante… Si Trotula de Salerne avait été un homme, aurait-on débattu de son existence ?

Mileva Maric, épouse Einstein (1875-1948)

La première épouse d’Albert Einstein était, comme lui, passionnée par la physique. Serbe d’origine, Mileva Maric a d’ailleurs rencontré Albert Einstein à l’École polytechnique fédérale de Zurich, alors qu’elle étudiait la physique et les mathématiques.

En lisant des lettres que s’envoyaient Mileva Maric-Einstein et Albert Einstein, certains ont vu des contributions de Maric aux travaux de l’éminent scientifique.

Mileva Maric aurait notamment joué un rôle crucial dans la découverte de la théorie de la relativité. Mais on en parle peu, car le grand Albert Einstein a récolté tous les honneurs, bon gré mal gré.

Katherine Johnson (1918-2020)

Katherine Johnson (1918-2020)

Si vous êtes fan de cinéma, son nom vous dit peut-être quelque chose… Katherine Johnson est une héroïne de film.

En fait, l’histoire de cette ingénieure spatiale américaine a été adaptée pour le cinéma, en 2016, dans Les Figures de l’Ombre.

Avec ses collègues Dorothy Vaughan et Mary Jackson, Katherine Johnson a participé à plusieurs programmes importants de la NASA.

Les trois femmes afro-américaines ont joué des rôles de premier plan dans la réussite de certaines missions.

Katherine Johnson a notamment contribué au lancement du premier Américain dans l’espace, en effectuant des calculs de trajectoire déterminants. Pourtant, elle est rarement citée parmi les grands noms de la NASA.

Rosalind Franklin (1920-1958)

Rosalind Franklin (1920-1958)

Rosalind Franklin est la première scientifique, tous genres confondus, à remettre en cause les anciens modèles de l’ADN et à affirmer que sa structure était hélicoïdale.

Cette grande scientifique a posé les bases de l’ensemble du travail sur la structure à double hélice de l’ADN.

Toutefois, le rapport originel de Rosalind Franklin n’est jamais publié. En revanche, deux hommes, Francis Crick et James Watson, publient les résultats de l’étude de la scientifique et s’attribuent injustement de nombreux mérites.

Crick et Watson obtiennent même un prix Nobel pour leurs recherches sur l’ADN, dans les années 1960. Il faut attendre 2003 pour que James Watson reconnaisse publiquement le mérite de Rosalind Franklin.

Jocelyn Bell (1943-)

Dans les années 1960, Jocelyn Bell construit un radiotélescope, en coopération avec d’autres chercheurs. Grâce à cet instrument, l’astrophysicienne découvre les premiers pulsars, des astres jamais vus jusqu’à lors et déterminants pour les progrès de l’astrophysique.

Malheureusement pour Jocelyn Bell, c’est son directeur de thèse, Antony Hewish, qui a bâti une partie de sa réputation autour de cette exceptionnelle découverte. Les résultats des recherches sur les pulsars ont en effet été publiés sous le nom d’Antony Hewish. C’est même lui qui a reçu le prix Nobel de physique en 1974, pour cette fameuse découverte des pulsars.

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