Restons en contact: 👉 inscrivez-vous à la newsletter des Pionnières 💌

Non classé

Indépendants: comment repenser sa couverture santé ?

Date de publication :

Créer son entreprise transforme bien plus que son quotidien professionnel. On apprend à gérer sa trésorerie, à prospecter, à établir des devis, à anticiper ses charges et parfois à organiser entièrement son temps autrement. Mais il existe un changement auquel on pense beaucoup moins au moment de quitter le salariat : sa protection sociale redevient en partie une affaire personnelle.

Pendant des années, vous avez peut-être bénéficié de la complémentaire santé collective de votre employeur sans réellement vous demander comment elle avait été choisie. Une cotisation apparaissait chaque mois sur votre bulletin de salaire et vos remboursements suivaient leur cours. En devenant indépendante, la situation change. Il faut désormais regarder ses dépenses de santé, comprendre ce que rembourse réellement l’Assurance Maladie et décider du niveau de protection dont on a besoin.

Et la réponse ne dépend pas seulement de votre statut professionnel. Une entrepreneure célibataire de 30 ans qui consulte rarement n’a pas les mêmes besoins qu’une mère de famille portant des lunettes, dont les enfants commencent des traitements orthodontiques. C’est pourquoi le choix d’une complémentaire santé pour particuliers mérite d’être envisagé comme une composante de votre organisation personnelle et familiale, et pas seulement comme une conséquence administrative de votre passage à l’indépendance.

De salariée à indépendante : votre protection santé change avec votre vie professionnelle

Lorsqu’on quitte une entreprise pour travailler à son compte, on abandonne généralement un système dans lequel une grande partie des décisions relatives à la complémentaire santé avait déjà été prise. L’employeur avait sélectionné l’organisme, négocié le contrat collectif et défini un certain niveau de garanties.

L’indépendance redonne davantage de liberté, mais elle oblige aussi à se poser des questions que l’on ne s’était parfois jamais posées.

Ce que rembourse l’Assurance Maladie… et ce qui peut rester à votre charge

Avant de choisir une Complémentaire santé, il est utile de revenir au fonctionnement des remboursements.

L’Assurance Maladie prend en charge une partie des dépenses de santé selon des bases et des taux déterminés. La somme qui reste après ce remboursement ne se limite cependant pas toujours au seul ticket modérateur. Selon les situations, peuvent notamment subsister des participations forfaitaires, des franchises, le forfait hospitalier ou encore des dépassements d’honoraires. Une complémentaire peut prendre en charge certains de ces frais en fonction des garanties du contrat, tandis que certaines participations restent légalement à la charge de l’assuré.

Prenons une situation très courante. Vous consultez votre médecin traitant, conventionné en secteur 1, pour une consultation dont la base de remboursement est de 30 euros. L’Assurance Maladie rembourse 70 % de cette base, avant déduction de la participation forfaitaire de 2 euros. Le ticket modérateur représente alors 9 euros et peut être remboursé, en partie ou intégralement, par votre complémentaire selon votre contrat.

Une consultation isolée ne met évidemment pas en péril un budget. Mais le raisonnement change avec des consultations répétées, des spécialistes pratiquant des dépassements d’honoraires, des lunettes, des soins dentaires ou une hospitalisation. La complémentaire santé sert précisément à organiser la prise en charge d’une partie des dépenses qui ne sont pas couvertes par le régime obligatoire.

Le bon contrat n’est pas forcément celui que vous aviez lorsque vous étiez salariée

Il peut être tentant, au moment de créer son entreprise, de rechercher simplement une couverture proche de celle dont on disposait auparavant. Pourtant, c’est justement le moment de repartir de ses besoins.

Imaginons Julie, 38 ans, qui quitte son poste de responsable commerciale pour devenir consultante. Elle avait auparavant une couverture collective assez élevée, incluant des garanties dont elle ignorait presque l’existence. En étudiant ses dépenses des deux dernières années, elle constate qu’elle consulte peu, mais qu’elle porte des lunettes et voit régulièrement un spécialiste pratiquant des dépassements d’honoraires.

Son objectif n’est donc pas nécessairement de reproduire toutes les garanties de son ancien contrat. Il consiste plutôt à identifier les postes qui peuvent réellement générer un reste à charge important pour elle.

Cette réflexion est d’autant plus pertinente au démarrage d’une activité indépendante que chaque dépense compte. Payer davantage tous les mois pour des garanties très éloignées de ses besoins n’est pas forcément judicieux. À l’inverse, choisir uniquement la cotisation la plus faible peut devenir une fausse économie si un besoin de santé prévisible est mal couvert.

Célibataire, en couple, avec des enfants : pensez votre complémentaire santé à l’échelle de votre vie

Le statut d’indépendante ne devrait pas être le seul point de départ de votre réflexion. Votre âge, votre situation familiale et vos habitudes de soins peuvent avoir davantage d’impact sur vos besoins que votre profession elle-même.

C’est aussi ce qui distingue une complémentaire santé pour particuliers d’une réflexion exclusivement centrée sur la protection professionnelle d’un TNS.

Faut-il couvrir toute la famille avec le même contrat ?

Prenons cette fois l’exemple de Léa. Elle lance son activité de graphiste indépendante tandis que son conjoint reste salarié. Le couple a deux enfants.

La mauvaise méthode consisterait à chercher immédiatement une « mutuelle pour graphiste freelance ». La bonne consiste d’abord à regarder la situation du foyer. Quelle couverture son conjoint possède-t-il ? Les enfants peuvent-ils y être rattachés ? Avec quelles garanties et à quel coût ? Quels sont les besoins de chacun ?

Si l’un des enfants porte des lunettes et que l’autre commence un traitement orthodontique, les priorités changent. Le niveau de remboursement du dentaire et de l’optique devient beaucoup plus important que pour une personne vivant seule et n’ayant pratiquement aucune dépense dans ces domaines.

La réforme 100 % Santé permet d’ailleurs aux personnes couvertes par un contrat responsable d’accéder à certaines offres sans reste à charge en optique, en audiologie et pour une partie des soins prothétiques dentaires. Cela ne signifie toutefois pas que tous les équipements ou tous les soins sont intégralement remboursés : en dentaire, par exemple, les traitements peuvent relever du panier 100 % Santé, de tarifs maîtrisés ou de tarifs libres.

La question n’est donc pas simplement « combien rembourse ma mutuelle ? », mais bien « quels soins sommes-nous susceptibles d’utiliser et dans quelles conditions sont-ils pris en charge ? »

Votre situation familiale peut évoluer plus vite que votre activité

Lorsque l’on crée son entreprise, on a tendance à projeter son activité à trois ou cinq ans : développement du chiffre d’affaires, recrutement, nouveaux services, changement de locaux… Il faudrait presque faire le même exercice avec sa couverture santé.

Une naissance peut modifier les besoins du foyer. Des enfants qui grandissent peuvent entraîner davantage de dépenses en optique ou en orthodontie. À l’inverse, lorsqu’un enfant quitte le contrat familial, certaines garanties deviennent moins importantes. Un changement de situation du conjoint peut également remettre en question l’organisation choisie jusque-là.

Une complémentaire santé pour particuliers ne devrait donc pas être considérée comme un contrat que l’on choisit une fois pour toutes. Elle doit suivre une vie qui, elle aussi, évolue.

Hospitalisation, lunettes, dentaire : où avez-vous réellement besoin d’être mieux couverte ?

Comparer deux complémentaires santé peut rapidement devenir compliqué. Les tableaux de garanties accumulent pourcentages, forfaits, plafonds et abréviations. Plutôt que de commencer par comparer toutes les lignes, il est plus simple de partir de situations concrètes.

Imaginez vos dépenses plutôt que de comparer uniquement des pourcentages

Supposons que vous consultiez votre généraliste deux ou trois fois par an, ne portiez pas de lunettes et n’ayez pas de besoin dentaire particulier. Vos attentes seront relativement différentes de celles d’une entrepreneure portant des verres progressifs, consultant plusieurs spécialistes et prévoyant des soins dentaires importants.

Le deuxième profil aura intérêt à examiner beaucoup plus attentivement les garanties correspondant à ces postes.

La même logique vaut pour les dépassements d’honoraires. Une garantie exprimée en pourcentage de la base de remboursement de l’Assurance Maladie ne signifie pas nécessairement que ce pourcentage s’applique au montant réellement facturé par le professionnel. Comprendre la base sur laquelle est calculé le remboursement est donc indispensable pour comparer correctement deux offres.

Lorsque des soins importants sont prévus, notamment en dentaire, demander un devis puis vérifier la prise en charge permet d’obtenir une vision beaucoup plus concrète du reste à payer. Pour les prothèses dentaires, le professionnel doit notamment faire apparaître les solutions relevant des différents paniers lorsqu’elles sont applicables.

Bien choisir sa mutuelle TNS
La surprise des entrepreneures qui ont oublié de souscrire à une mutuelle

Pensez aussi aux dépenses exceptionnelles

Lorsqu’on choisit une complémentaire, on pense spontanément aux dépenses que l’on effectue chaque année. Pourtant, les dépenses rares mais importantes méritent également d’être prises en compte.

L’hospitalisation en est un bon exemple. On peut ne jamais être hospitalisée pendant dix ans et avoir soudain besoin de passer plusieurs jours dans un établissement. Selon la situation, différents frais peuvent rester à charge et certaines dépenses peuvent être couvertes par une complémentaire en fonction du contrat.

Pour une indépendante, cette question prend une dimension particulière. Une dépense de santé importante peut intervenir au même moment qu’une diminution temporaire de l’activité professionnelle. Même si la complémentaire santé et la prévoyance répondent à deux problématiques différentes, cette situation rappelle pourquoi il est utile de penser sa protection personnelle avant qu’un problème survienne.

Le prix mensuel n’est qu’une partie du calcul

Une offre moins chère de 20 euros par mois représente 240 euros d’économie annuelle. C’est significatif. Mais si elle laisse plusieurs centaines d’euros supplémentaires à votre charge sur un poste que vous utilisez régulièrement, l’économie disparaît rapidement.

L’inverse est également vrai. Payer 40 ou 50 euros supplémentaires chaque mois pour renforcer fortement des garanties dont vous n’avez pratiquement aucune probabilité d’avoir besoin n’est pas nécessairement rationnel.

Le bon niveau se trouve donc entre ces deux extrêmes : protéger correctement les dépenses susceptibles de peser sur votre budget sans surassurer systématiquement tous les postes.

Votre complémentaire santé doit évoluer avec votre entreprise… mais surtout avec votre vie

Lorsque l’on devient indépendante, la première complémentaire choisie correspond souvent à une période particulière. Les revenus peuvent être encore irréguliers et la priorité consiste à contenir les dépenses fixes. Quelques années plus tard, l’entreprise s’est développée et la situation personnelle a parfois changé.

Le contrat qui était parfaitement adapté au lancement ne l’est donc pas nécessairement encore.

Faites régulièrement le point sur vos besoins réels

Il n’est pas nécessaire de changer de contrat chaque année. En revanche, prendre quelques minutes pour regarder ses dépenses de santé réelles permet de vérifier si ses garanties restent cohérentes.

Qu’avez-vous dépensé en optique ces dernières années ? Consultez-vous davantage de spécialistes ? Vos enfants ont-ils désormais des besoins dentaires particuliers ? Votre conjoint dispose-t-il toujours de la même couverture ? Certaines garanties importantes autrefois ne vous servent-elles plus ?

Cet examen peut aussi être effectué après un événement important : naissance, séparation, changement professionnel du conjoint, stabilisation de votre activité ou apparition d’un nouveau besoin de santé.

L’objectif n’est pas de prévoir l’imprévisible, ce qui serait évidemment impossible, mais d’éviter de continuer pendant des années avec une couverture conçue pour une situation qui n’existe plus.

Reprendre la main sur sa protection fait aussi partie de l’indépendance

On parle beaucoup de liberté lorsqu’on évoque l’entrepreneuriat. Liberté de choisir ses clients, ses horaires, son lieu de travail ou son organisation. Mais cette liberté possède une contrepartie : certaines décisions auparavant prises collectivement par l’entreprise redeviennent personnelles.

La santé en fait partie.

Choisir une complémentaire santé pour particuliers lorsque l’on travaille à son compte ne consiste donc pas seulement à rechercher « une mutuelle d’indépendante ». Il faut regarder plus largement la personne derrière l’entrepreneure : son âge, sa famille, ses habitudes de soins, les professionnels qu’elle consulte, les dépenses qu’elle peut absorber elle-même et celles qui pourraient réellement fragiliser son budget.

Une indépendante de 28 ans sans enfant, une entrepreneure de 42 ans avec deux adolescents et une consultante de 55 ans dont les enfants ont quitté le foyer exercent peut-être toutes les trois sous le même statut professionnel. Elles n’ont pourtant aucune raison de choisir exactement la même couverture.

C’est probablement le changement de perspective le plus utile. Votre activité professionnelle détermine une partie de votre protection sociale ; votre complémentaire santé, elle, doit avant tout être pensée en fonction de votre vie.

L'équipe Les Pionnières

Abonnez-vous à la newsletter. Composée d'entrepreneures et entrepreneurs, de passionné.es d'éducation, l'équipe Les Pionnières vous fait profiter de son expérience dans ces domaines.